Alandat

Man dins lo cèl aganti l'astre - Vol 1

Main dans le ciel j’empoigne l’astre est une oeuvre aujourd’hui éditée en trois volumes, qui rassemble les poèmes écrits entre les cimes de l’espérance amoureuse et les gouffres du désespoir contemplatif, entre 1998 et 1999.

Le volume 1, Grand-Ouvert, sinuant au hasard des chemins toulousains, marocains et barcelonais, l’itinéraire poétique y découvre les angoisses hallucinatoires avalées comme des couleuvres à l’école de Jim Morrison et de l’héritage surréaliste, puis goûte à l’exaltation imaginale (telle que théorisée par Henry Corbin), exaltation bue aux sources andalouses de l’art mystique et érotique d’Ibn’Arabî et des chants amoureux du grand persan Rumî. Le recueil se déploie en trois tableaux. Le premier tableau, intitulé « Avant elle », nous tend des images noires et sordides comme les hurlements des ténèbres d’une vie sans amour. Le second tableau, « Avant la lettre », se tisse de l’éblouissement d’une rencontre, puis de l’inquiétude vertigineuse de l’espérance. Le troisième tableau, « Après la lettre », se trouve conduit à évoquer l’amour comme un pèlerinage mystique.

Couverture de recueil de poèmes, Franc Bardòu
176 pages - ISBN n° 979-10-93692-31-9 - Prix de l'éditeur : 15€

Il est à noter que ce volume avait déjà été publié dans une forme prosaïque dans la revue Lo Gai Saber, mais qu’il est ici, pour la première fois, présenté en vers et accompagné d’une traduction en français de la main de l’auteur.

L’œuvre d’art, intitulée « Mille et une nuits », qui illustre la couverture du volume est signée de la talentueuse Hélène Rejembeau.

Poèmes extraits du recueil

Chapitre 1

Avant elle

Poème 5

« Notre incapacité à hurler fait de nous des assassins virtuels. »

Cioran
in Fenêtre sur le Rien

Déjà, sur tes yeux de chemin, le soleil du matin te soulève
bien plus brillant que les perles de pluie posées sur les branches.
Il n’y a plus de chanson pour aimer d’un seul trait, comme tu aimes,
plus de chambre pour l’amour, pour aimer nu comme tu es…

Le chemin, simplement, t’ouvre en grand
au silence doré du soleil matinal…
C’est un chemin de goudron noir,
un chemin solitaire encore,
c’est un chemin creux de folies
qui bientôt plonge en la cité.

Dans la cité toujours, il fait plus noir que nuit.
Les cris, ensanglantés par des mains sans parole,
laissent leur marque nue sur l’écorce du mur
bien trop joli et bien trop net pour être honnête…
Il est donc bien là, mon royaume et, chemin grand ouvert,
moi, le couteau de feu, j’entrerai dans les tripes.
Les veaux repus des grands bureaux, les professeurs,
les uniformes, et les prisons : ils paieront tous !
Ils te font tous baver, vouloir, et puis payer :
et sans payer, tu peux crever, car ils s’en foutent.
Tes pas perdus, ta sale gueule les dégoûtent.
Alors, ce soir, dans ta terreur, on leur dira
comment le temps et le passé nous ont manqué
pour savoir vivre en la cité comme des ombres :

Voici mon royaume de flamme,
voici mon empire de vent,
je suis l’ouragan, son vacarme,
qui hante l’odeur des poubelles.

Cache ta fille et puis ta femme,
cache ton chien : le mien est ivre !
Il bouffe tout, déjà il hurle
après ton cul bien trop serré pour être honnête !

Il est là mon chemin de larmes,
voici les cris désespérés de la cité !

Personne nulle part n’avait voulu m’entendre :
vous m’aurez là, feux et révoltes, sang et cendres.
La vie n’a pas voulu de moi, mais dans la mort
moi j’ai trouvé une compagne à ma mesure.
Croyiez-vous donc vous promener, là, sous mon nez,
confits de gras et de mépris pour ma misère ?
La chute, enfin, de Babylone est arrivée…

Ma fenêtre est ivre de lune !
Mes dents étincellent d’étoiles
dans la nuit de mes doigts de feux.
La brume monte du néant
sur ce corps tout ensanglanté :
de la vitrine défoncée,
son bras pend, membre dérisoire.
Le sang tiède ronge mon pied
plus profond que le gouffre immonde
des égouts éblouis de lune…
Ma fenêtre est ivre de lune !

Les rats sont mes frères et forces.
Seraient-ils ma seule noblesse ?
Qui d’autre m’aurait demandé
un peu d’aide et un peu d’honneur ?
Les rats sont devenus mes frères
bien plus fiables que les hommes…

Je suis la Bête horrible et noire,
qui dort à peine un peu encore
au fond de tous vos yeux fermés…
N’allez pas me croire moins qu’ombre :
je suis le trait puissant de l’ombre
qui barre de peur chaque route,
et de mensonge chaque doute,
qui vous ronge ainsi, peu à peu.
Et de fuir, il n’est plus le temps.
Il faut plutôt ouvrir vos yeux : J’ARRIVE !

Chapitre 2

Avant la lettre

Poème 7

« O, toi qui embrases le feu,
Ne te hâte que peu à peu,
Car voici le feu du fol amour !
Prends-en donc un tison ! »

Ibn’Arabî
in Le chant de l’ardent désir

Et je suis aussi l’acier
fidèle et loyal ;
d’un seul geste tu as tranché
la gorge du bélier,
de la divine bête
au dieu sacrifiée.
Ses pattes ont creusé
le vent, l’ombre et la pluie,
recherchant dans l’ailleurs
ce qu’elles n’avaient ici.
Sa tête, vers le ciel,
ne demande pas grâce.
L’or tu du sacrifice
ruisselle dans les rues,
et je suis la rigole,
eaux avec sang mêlés.
Et sous le déluge
obscur et lourd,
je suis la terre rongée,
et le fer avalé,
je suis la plaie, je suis l’épée,
et je conduis chaque combat.

Qui suis-je ? Ne le voyez-vous pas ?
Vous aurait-on volé les yeux, la bouche ?

Je suis le sein haletant
et chaud d’une femme
et je suis la lèvre de l’enfant
affamé d’amour,
et je suis la main de l’homme
au toucher feutré de la cuisse.

Je suis la griffe et la caresse,
le baiser et le coup :
je suis l’aube et le couchant
que plus rien ne peut contenir.
Je suis lumière, amour, regard…

Je suis l’obscur,
la peur me tient,
la haine guette…

La splendeur de l’Unique
qui se montre et se cache
n’avait forgé pour moi
qu’un chemin de mystère.
Ainsi vais-je, alangui,
de ténèbres en lumière,
et de chambre en jardin,
goûtant, friand, le suc
de chaque fleur à naître
et de chaque racine
perdue…

Au hasard d’un plaisir
je contemple l’instant :
au cri de la folie
je tète, à chaque peur,
peur terrestre et divine,
humaine simplement.
L’un m’a vu vielle fée,
et l’autre, beau jeune homme.
L’une m’a fui bien vite,
vif serpent venimeux,
l’autre m’a désiré
prêtre d’amour brûlant.

Celle dont je désire l’amour
avance sur les nids, en dansant.
Celui qui de moi désire l’amour
avance, ascète sur les braises.

Ton amour coûte cher, mystère !

Ce qui est gratuit ne vaut rien !
Et si mon mystère t’échappe,
trouve le tien, ou bien tais-toi !
Car l’amour n’est rien que mystère…

Devant toi, JE SUIS !
Lionne de l’Atlas,
Fière Lionne des Mystères…
Désormais la beauté dans mes yeux seuls demeure !

Chapitre 3

Après la lettre

Poème 4

« La vie qui est passée sans Amour,
Ne la considère pas. »

Mowlânâ Jalâl Ud-Din Balkhî Rûmî
in Dîvân-e Shams

J’ai saisi, vent de feux, une guirlande d’arbres
et l’ai tressée couronne à ton front oublieux.
Les horreurs délavées par des torrents de larmes
n’auraient pu me noyer en leur sein, plus heureux.

Etait-ce bien ma voix qui proclamait ton charme
plus pur que les nuées en symphonies d’oiseaux ?

N’était-ce pas plutôt ce murmure tenace
où jouent le vent, le feu, les étoiles, les cieux,
empruntant un instant la voie de ma voix pâle
pour t’aimer au-delà de tout ce qui se veut ?

N’était-ce pas la pluie de colombes et d’astres,
comme perles de jour luisant sur les pétales
de fleurs ivres de nuit, bien au-delà des voiles,
qui coulait maintenant au creux de tes mains chaudes
et m’égarait d’aimer bien plus fort que les mots ?

Mais je n’ai que des mots pour me perdre en ton charme…

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